Virus Andes — la souche du foyer MV Hondius 2026
En bref
- Nom complet : Orthohantavirus andesense
- Réservoir : Oligoryzomys longicaudatus (souris à longue queue)
- Zone endémique : Patagonie argentine et chilienne
- Identifié pour la première fois en 1995 en Argentine
- Seul hantavirus avec transmission interhumaine documentée
- Mortalité historique : 25 à 40 %
- Incubation : peut dépasser 4 semaines
- Souche du foyer MV Hondius (avril-mai 2026)
Découverte et identification
Le virus Andes (Orthohantavirus andesense) a été identifié pour la première fois en 1995en Argentine, lors d'une investigation d'un cluster de cas de syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus (HPS) dans la région de Neuquén, en Patagonie. Il tire son nom de la cordillère des Andes.
En 1996, un cluster de 19 cas à El Bolsón (Rio Negro, Argentine) apporta la première démonstration documentée de transmission interhumaine d'un hantavirus. Au moins cinq des 19 cas de ce cluster étaient liés à une transmission de personne à personne, notamment entre patients et soignants non protégés. Cette découverte fit de l'Orthohantavirus andesense une exception unique dans le monde des hantavirus.
Réservoir animal
Le réservoir naturel du virus Andes est la souris à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus), un rongeur de la taille d'une souris domestique dont la queue est nettement plus longue que le corps. Elle est abondante dans les zones forestières et de broussailles des contreforts andins.
Comme pour tous les hantavirus, la souris à longue queue héberge le virus sans en être malade. Elle excrète le virus dans ses urines, fèces et salive de façon permanente pendant toute sa vie. Les densités de population de ce rongeur varient selon les années en fonction des ressources alimentaires disponibles (phénomène dit de “ratada” — invasion de rongeurs lors des années de fructification du bambou).
Zone endémique
La circulation du virus Andes est documentée dans les régions suivantes :
- Patagonie argentine : provinces de Neuquén, Rio Negro, Chubut, Santa Cruz — zones à dominante forestière et arbustive dans les contreforts andins
- Chili méridional : régions de La Araucanía, Los Lagos, Los Ríos, Aysén, Magallanes
Des variantes génétiques proches ont été identifiées en Uruguay (virus Lechiguanas) et dans d'autres pays d'Amérique du Sud, mais le virus Andes sensu stricto reste centré sur la Patagonie.
Transmission interhumaine — l'exception unique
La transmission interhumaine du virus Andes est le trait qui le distingue de toutes les autres souches d'hantavirus connues. Elle est néanmoins soumise à des conditions précises :
- Contact étroit et prolongé : cohabitation dans un espace confiné, soins en contact direct, relations intimes
- Voie probable : gouttelettes respiratoireset contact direct avec les sécrétions d'un malade en phase aiguë
- Le risque semble limité aux contacts très proches — aucune transmission documentée lors de contacts brefs ou par voie aérienne à longue distance (contrairement à la tuberculose ou à la rougeole)
C'est cette caractéristique qui a conduit les autorités sanitaires à surveiller de près le foyer du MV Hondius 2026 : la promiscuité de la vie à bord d'un navire de croisière constitue un environnement théoriquement favorable à la transmission interhumaine.
Présentation clinique
Le virus Andes provoque un syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus (HPS), présentant la même séquence clinique que le virus Sin Nombre mais avec quelques particularités :
- Période d'incubation: peut atteindre plus de 4 semaines (contre 1 à 3 semaines en général pour Sin Nombre). C'est pourquoi une surveillance de 42 jours est recommandée après le dernier contact.
- Phase prodromique : fièvre, myalgies, asthénie — identique aux autres souches HPS
- Phase cardio-pulmonaire : œdème pulmonaire, SDRA, choc cardiogénique
- Mortalité historique : 25 à 40 % dans les séries argentines et chiliennes
Le foyer MV Hondius (avril-mai 2026)
En avril 2026, le navire de croisière polaire MV Hondius (opérateur Oceanwide Expeditions, 147 passagers, 23 nationalités) a quitté Ushuaia pour un circuit en Antarctique et dans l'Atlantique Sud. La souche Orthohantavirus andesense a été identifiée parmi les passagers début mai 2026, ce qui constitue la première occurrence documentée de foyer de virus Andes dans un contexte maritime international.
Les passagers provenaient de 23 nationalités, et le débarquement aux Canaries (Tenerife) a conduit à des rapatriements et des quarantaines dans plusieurs pays d'Europe et aux États-Unis. L'OMS a publié l'avis d'alerte DON599 le 7 mai 2026 en évaluant le risque global comme faible.
Surveillance et recommandations spécifiques
- Surveillance médicale 42 jours pour tout contact avec un cas confirmé virus Andes
- Aucune prophylaxie pré ou post-exposition validée — la ribavirine a été testée dans des petits essais non randomisés, sans résultat probant
- Précautions gouttelettes pour les professionnels de santé lors de soins à un patient en phase aiguë : masque FFP2, gants, blouse, protection oculaire
- En cas de contact avec un patient confirmé virus Andes, contacter les autorités sanitaires (en France : Santé Publique France via le 15 ou l'ARS de votre région)